Au commencement,
il y avait des ondes
Quelques instants après le Big Bang, l'univers n'était pas encore fait d'étoiles ni de galaxies. C'était une soupe dense de plasma, protons, électrons, photons, traversée par des fluctuations de pression qui généraient des ondes acoustiques. Des vibrations primordiales se propageant à travers cette matière incandescente, à plus de la moitié de la vitesse de la lumière.
Ces ondes, les cosmologues les appellent les oscillations acoustiques baryoniques. Leur empreinte est encore lisible aujourd'hui dans la répartition des galaxies à grande échelle. un motif régulier de distances préférentielles entre amas de matière, figé dans le cosmos il y a 380 000 ans, au moment où l'univers est devenu transparent.
Pourquoi la vie a-t-elle
développé l'ouïe ?
La vue fonctionne en ligne droite. Elle s'arrête la nuit. Elle ne contourne pas les obstacles. Le son, lui, voyage à 360 degrés, dans l'obscurité, à travers les parois, les feuillages, les distances. Détecter un prédateur avant de le voir, c'est survivre. Entendre un appel, c'est rester en lien. Percevoir les infrasons du sol, c'est sentir venir ce que les yeux ne verront que trop tard.
L'ouïe est le sens de la vigilance, de la relation et de la transmission.
Et la voix humaine, capable d'exprimer en temps réel l'état émotionnel de celui qui parle, est devenue le vecteur de tout ce qui fait une civilisation. Les anthropologues situent l'apparition du langage oral entre 100 000 et 300 000 ans. L'écriture n'a que 5 000 ans. Pendant des centaines de milliers d'années, la seule mémoire humaine était sonore. Les histoires, les savoirs, les rites. tout passait par la voix.
Quand l'écriture
est née du son
Vers 3 400 avant notre ère, les Sumériens ont inventé l'écriture cunéiforme. Les premières tablettes d'argile représentaient des objets. un bœuf, une jarre, une montagne. Mais cette écriture avait une limite : elle ne pouvait pas transcrire une voix, un nom, un verbe.
Progressivement, entre 3 000 et 2 800 avant notre ère, les scribes ont basculé vers le phonétique. Chaque signe a commencé à représenter une syllabe, un son de la bouche, et non plus un objet. Ce basculement est fondamental : l'écriture devenait la transcription d'une parole. Elle ne remplaçait pas la voix. Elle en gardait la trace.
Et pendant des millénaires encore, lire un texte voulait dire le prononcer à voix haute. Dans l'Antiquité grecque et romaine, la lecture silencieuse était un phénomène rarissime, presque suspect.
C'est Saint Augustin qui en a laissé la trace la plus connue. Dans ses Confessions (Livre VI, chapitre 3), vers 380 après J.-C., il décrit avec stupéfaction son maître Ambroise de Milan en train de lire sans bouger les lèvres. Ses yeux parcouraient la page, son esprit en perçait le sens, mais sa voix et sa langue restaient en repos.
C'était si extraordinaire qu'il a jugé utile d'en laisser une trace écrite pour la postérité.
La lecture silencieuse ne s'est généralisée que progressivement, à partir des monastères médiévaux. On a gagné en vitesse, en intimité. Mais quelque chose s'est éteint dans le rapport au texte. Les mots ont cessé de résonner.
Avant la naissance,
on entend déjà
À 18 semaines de grossesse, le fœtus commence à percevoir des vibrations sonores. À partir de la 26e semaine, il peut distinguer des sons provenant de l'extérieur. Entre la 28e et la 32e semaine, son système auditif gagne en maturité et réagit de façon de plus en plus fine aux stimuli sonores.
La voix de la mère lui parvient de deux façons : par voie aérienne, et par voie interne, osseuse, corporelle. Elle est la moins filtrée, la plus présente, celle qui trace les premiers sillons de la mémoire auditive.
La voix du père joue un rôle différent, complémentaire. Plus grave, elle traverse la paroi abdominale avec une intensité particulière. Les fréquences basses sont moins filtrées par les tissus que les aigus. Le fœtus perçoit ces graves comme une présence distincte, extérieure, reconnaissable.
Deux timbres. Deux présences. Deux chemins sonores vers le même enfant.
Le son n'est pas un enrichissement de l'expérience prénatale. Il en est le tissu fondamental. Selon la psychologue clinicienne Magali Trassaert, spécialisée en accompagnement périnatal, le fœtus perçoit les sons dès les premières semaines de gestation, non seulement par l'audition, mais en premier lieu par la peau et le massage des cellules.
Il vibre avec lui.
Le son pour ceux
qui n'entendent pas
Les personnes sourdes ou malentendantes ne sont pas privées du son. Elles en ont une relation différente, souvent plus physique, plus directe. Les vibrations sonores se perçoivent corporellement : à travers le sol, les surfaces, la cage thoracique, les pieds posés sur un plancher. Le son n'est pas qu'une onde auditive. C'est une onde de pression qui traverse les corps et les matières.
Ce que les neurosciences ont montré est troublant : chez les personnes sourdes de naissance, les zones cérébrales normalement dédiées à l'audition ne restent pas inactives. Elles se réorganisent pour traiter d'autres stimuli sensoriels. Le cerveau cherche les vibrations sous d'autres formes.
La surdité n'est pas l'absence de son.
C'est une autre façon de le recevoir.
J'ai grandi
dans tout ça
J'ai grandi là où la musique était un langage. Pas un art. un moyen de dire ce que les mots ne permettaient pas. Ce que l'on ne savait pas formuler, on pouvait le jouer. Ce que l'on n'osait pas dire, on pouvait le chanter.
Je n'ai pas appris que le son structure l'expérience. Je l'ai vécu avant de pouvoir le formuler.
J'ai toujours associé les paysages à des sons. La forêt avait une couleur sonore. La pluie aussi. Un espace silencieux ne m'a jamais semblé vraiment silencieux. Il y avait toujours quelque chose à écouter, à ressentir dans le corps.
Le son comme langage intérieur. Le son comme lien.
Les particules sonores
Il y a une image qui m'a toujours habité.
Le son voyage sous forme d'ondes de compression. des particules d'air en mouvement, invisibles, inépuisables. Elles traversent les corps, les murs, les distances. Elles existent même quand personne ne les reçoit. Et quand elles rencontrent une surface, une oreille, une peau, un plancher, elles transmettent quelque chose qui ne s'efface pas entièrement.
Une émotion. Un souvenir. Une présence.
Quand une grand-mère chante pour son petit-enfant, ces particules voyagent depuis sa gorge jusqu'au corps de l'enfant. Elles s'impriment. Pas dans la mémoire consciente. dans quelque chose de plus profond, de plus ancien. Et des années plus tard, un timbre similaire peut les faire remonter d'un coup, intacts, chargés de tout ce qu'ils portaient.
C'est d'ailleurs la conviction au cœur de mon travail depuis le début. comme ingénieur du son, comme compositeur, comme concepteur. Depuis que je travaille avec le son, je ne pense pas en termes de fichiers ou de fréquences. Je pense en termes de traces. Ce que ce son va laisser dans le corps de celui qui l'entend.
C'est pour ça que
j'ai créé myLiV™
Pas pour enrichir la lecture d'un effet sonore.
Mais parce que depuis le début. depuis avant la naissance, depuis les premières vibrations dans le cosmos, depuis les premières voix autour d'un feu. le son et la voix sont le tissu de ce qui nous relie.
myLiV™ est une liseuse à encre électronique qui écoute votre voix et déclenche des ambiances sonores synchronisées avec ce que vous lisez. Vous n'appuyez sur rien. Vous lisez, simplement. Et l'histoire prend vie.
Pour les enfants qui découvrent les mots.
Pour les parents dont la voix trace des sillons durables.
Pour les grands-parents dont la voix suffit, sans tablette, sans geste.
Et pour ceux qui reçoivent le son autrement. par le corps, par la vibration.
La lecture silencieuse a eu ses raisons d'être. Mais quelque chose manquait depuis longtemps.
myLiV™ n'est pas une innovation. C'est un retour.
Là où les histoires reprennent vie.
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Yohann Hideux
Ingénieur du son · Fondateur de myLiV™
Je construis myLiV™ depuis l'Isère, seul, à temps partiel. Parce que le son mérite mieux que le silence entre les pages.